La projection-débat de J’ACCUSE, prévue de très longue date, ce mardi 10 mars 2020, a suscité un certain nombre d’émotions et d’interrogations, certaines personnes ont même fait de la surenchère violemment excessive, en nous accusant ni plus ni moins de « tresser des lauriers aux pédophiles » et en appelant à manifester devant l’Odyssée.
C’est bien mal nous connaître et cela témoigne d’une réelle ignorance de nos orientations. Il ne me semble pas avoir vu à l’Odyssée ces mêmes personnes en mai 2019 à l’occasion du cycle contre les violences faites aux femmes avec huit films français et européens. Nous ne les avons pas d’avantage vu la semaine dernière lors de la projection-débat organisée avec la LICRA du Bas-Rhin avec le très beau film MUSTANG de Deniz Gamze Ergüven, pour ne prendre que quelques exemples récents que semblent ignorer nos prétendus détracteurs.
Redisons-le, loin de nous de justifier ou d’atténuer les accusations et les faits pour lesquels Roman Polanski a été condamné par la justice américaine avant de se réfugier en Europe. Cependant, la Suisse et la France, qui sont des Etats de droit, ont refusé de l’extrader.
Pour notre part, nous dénonçons toujours et partout, les comportements répréhensibles contre les femmes et plus particulièrement les mineures. Cette nécessaire dénonciation, ne peut cependant justifier un quelconque piétinement des principes les plus élémentaires du droit et de la démocratie.
Ainsi, le réalisateur du film LES MISERABLES a été condamné il y a quelques années pour avoir séquestré de force une jeune femme, car sa famille désapprouvait sa relation avec un jeune homme, relation qui soi-disant entachait « l’honneur de sa famille ». Faut-il pour autant condamner au bûcher LES MISERABLES ? Bien sûr que non.
La colère et l’indignation légitime face aux violences faites aux femmes, et encore plus aux mineures, ne peuvent pas s’exprimer utilement en basculant dans la « chasse aux sorcières », le lynchage médiatique et symbolique, ou la censure haineuse, car cela dénaturerait un combat absolument juste et nécessaire.
Les personnes qui n’aiment pas Polanski, peuvent librement refuser d’aller voir J’ACCUSE ce mardi 10 mars, et venir participer ce même jour à 20h15 à la projection-débat organisée en partenariat avec Amnesty International, du très beau et très fort JUSQU’A LA GARDE de Xavier Legrand.
Les personnes qui pensent que J’ACCUSE éclaire utilement la connaissance de l’affaire Dreyfus, peuvent aller voir ce film sans pour autant être injustement accusées de faire l’apologie du comportement répréhensible de son réalisateur.
Tout ce qui est excessif, et surtout mal ciblé, perd de sa signification. La nécessaire dénonciation des violences faites aux femmes, des actes et des crimes pédophiles comme de toute discrimination, ne peut se résumer à des campagnes haineuses de lynchage et au recours à toute forme de censure par des groupes de pressions autoproclamés.


Faruk GÜNALTAY
Directeur programmateur
10/03/2020

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