Lettres du Directeur de l'Odyssée

Drôle de Drame

Lettre aux amis de l’Odyssée et aux autres

Dimanche 10-10-2010 (tout un programme !), 2 journaux, Le Monde et les DNA. Dans l’édition dominicale du Monde, en page 3, un article où il est question du directeur de l’Odyssée en raison d’une actualité, disons, brûlante dans laquelle il a joué le rôle de caisse de résonance. Dans les DNA, du même jour, en première page de la page locale, un article consacré à l’Odyssée et à son directeur intitulé « L’Odyssée à la loupe ».

Le fait d’être à la croisée d’un large éventail de préoccupations si différentes est le signe d’une certaine vitalité de l’Odyssée.

  • L’Odyssée à la loupe ! Diable, Holmes, y aurait-il anguille sous roche ?

  • Voyons voir, mon cher Watson, voyons voir... Ce qui est indiqué comme un audit est en réalité une étude d’évaluation commandée par la Ville de Strasbourg dans le cadre de la procédure normale de renouvellement (tous les 6 ans) de la Délégation de Service Public prévue pour novembre 2011. En 2004 déjà, une telle étude avait été réalisée. Cette nouvelle étude, qui nous a été annoncée en juillet dernier par Daniel Payot, Adjoint à la Culture, devra examiner si le cahier des charges actuel est respecté et s’il est encore d’actualité ou s’il mérite d’être réélaboré. Il n’y a donc vraiment pas de quoi fouetter un chat, d’autant que depuis 18 ans la gestion financière de l’Odyssée est vérifiée par un Commissaire aux Comptes assermenté.

  • Alors pas d’anguille sous roche, Holmes ?

  • Des problèmes peut-être, mon cher Watson :

Le gros problème serait le chiffre 11. 11 spectateurs par séance à l’Odyssée. Chiffre isolé, lancé en pâture au journaliste des DNA dont il n’y a absolument pas lieu de contester la démarche puisqu’il a eu la correction professionnelle de téléphoner à l’Odyssée par souci de vérification. Mais chiffre isolé qui peut conduire à des insinuations tendancieuses ou malintentionnées.

  • Mais 11, tout de même, Holmes !

  • Ce chiffre est une moyenne abstraite. Il est en réalité de 11,47. Il résulte d’un calcul simple, division du nombre total de spectateurs payants par le nombre de séances. Pour être complet, il convient d’appliquer le même calcul à toutes les salles pour qu’il y ait une comparaison honnête.

Faisons donc ce calcul en comptant 5 à 6 séances quotidiennes par jour et par salle. Coupons la poire en deux et comptons 5,5 séances par jour et par salle (en incluant les séances scolaires). Cela donne en ordre de grandeur 22,08, 15,24, et 18,83 spectateurs par séance pour les cinémas du centre-ville de Strasbourg et 36,81 et 29,80 spectateurs par séance pour les deux multiplexes.

  • Mais Holmes, la subvention alors ?

  • Moins de 24% du chiffre d’affaires de 691000€ en 2009. Autrement dit, les 160000€ consentie par la Ville permettent de développer une activité culturelle d’une valeur de 691000€, avec au passage, 12 emplois à temps plein. La culture, source d’emplois, Watson ! Il ne faut pas l’oublier, il ne faut vraiment pas l’oublier.

  • Mais alors, Holmes, quel est le problème ?

  • Elémentaire mon cher Watson, il faut beaucoup plus aller au cinéma, dans toutes les salles, et ne pas télécharger illégalement les films.

  • Cependant Holmes, un problème peut-être à ne pas travailler suffisamment avec les associations locales ?

  • Voyons-voir, mon cher Watson :

L’Odyssée, en 2009, a travaillé avec 15 associations locales et plus de 20 partenaires officiels.

  • Mais alors Holmes ! Je n’y comprends plus rien. Problème ou pas problème ?

  • Elémentaire, mon cher Watson, oui et non !

Non si l’Odyssée est cédé au secteur privé, oui si l’Odyssée est géré dans le cadre d’une association à but non lucratif avec des obligations de programmation destinées à compléter les déséquilibres en termes de diversité culturelle, engendrés par le marché. Dans ce cas, il faudra actualiser le cahier des charges et définir les obligations de programmation en tenant compte des réalités. Un exemple, quel peut être le sens de ne pas programmer à l’Odyssée des films inédits avant un délai de 6 mois après le dernier jour d’exploitation dans une salle privée de Strasbourg alors que les mêmes films sortent en DVD trois mois après leur sortie en salle.

Mais tout problème a sa solution, nous sommes bien placés pour le savoir, mon cher Watson.

  • Pas d’anguilles sous roche, des problèmes qui n’en sont pas vraiment puisqu’ils relèvent de choix de politique culturelle en matière de cinéma. My God, Holmes, serions-nous sur une fausse piste ?

  • Elémentaire, mon cher Watson…

A partir de cet instant le dialogue entre nos compères devient inaudible. Silence.

Profitons de cet ange qui passe pour dire à tous que la balle est désormais dans le camp de la Ville de Strasbourg. Il appartient aux élus de fixer leur priorité. Il convient d’attendre avec sérénité et sans excitation inutile.

Aux amis de l’Odyssée nous disons que l’Odyssée, aussi longtemps qu’elle le pourra, continuera à être dans le domaine du cinéma l’une des voix des sans-voix et le reflet de ceux dont l’image est effacée par les lois du marché. Nous les appelons à nous soutenir.

Aux autres, à ceux qui nous aiment différemment nous leur disons que la vie est trop courte, ne tenant qu’à un fil ténu et fragile, pour la gaspiller par des polémiques inélégantes et malintentionnées si dérisoires au regard des défis auxquels notre époque est confrontée. Sans rancune !

En attendant allez au cinéma dans toutes les salles de Strasbourg. Vous pourrez peut-être voir ou revoir Drôle de Drame de Marcel Carné, et apprécier le délicieux dialogue, conçu par Prévert, entre Michel Simon, en Irwin Molyneux, et son cousin Louis Jouvet en révérend Soper rongé par des suspicions irrationnelles.

  • Mais je vous assure mon cher cousin vous avez dit bizarre, bizarre !

  • Moi j’ai dit bizarre, comme c’est étrange ?

Faruk Günaltay
Directeur-Programmateur de l’Odyssée

(avec l’aimable autorisation de Sir Conan Doyle, Marcel Carné et Jacques Prévert)